Rudi Wagner, la mémoire de la Meinau

Rudi Wagner, la mémoire de la Meinau

     Qui, à la Meinau, ne connaît pas Rudi Wagner ? L’auteur du livre « Vivre à la Meinau », lauréat du prix François Tétard 2021, est une véritable encyclopédie humaine sur l’histoire de son quartier. Nous avons décidé de le rencontrer pour qu’il nous raconte son parcours.

Rudi Wagner pose avec son livre Vivre à la Meinau. Photo DNA, ©Thomas Toussaint

D’étudiant engagé à éducateur spécialisé

     Rudi me reçoit dans sa maison de famille, à l’angle de la rue Staedel, non loin du Rhin Tortu. Né en septembre 1947, à Bouxwiller, Rudi est un enfant de la campagne. Lorsqu’il arrive à Strasbourg pour effectuer ses études en théologie protestante, c’est un tout nouveau monde qui s’offre à lui. C’est à la fac qu’il se fait des amis militants. Après la tentative d’assassinat, le 11 avril 1968, contre le leader du mouvement révolutionnaire étudiant allemand, Rudi Dutschke, « il porte le même prénom que moi » souligne-t-il, Rudi et ses amis manifestent en solidarité avec les étudiants allemands. Les DNA sortent un papier dans lequel le mouvement est minimisé : « Ils ont écrit « c’est dérisoire ils sont 50 » », se souvient-il. Cependant, quelques semaines après, toutes les universités locales et nationales étaient bloquées !

Ce trait militant a toujours distingué Rudi. Alors qu’il termine son mémoire, il décroche un poste à Kork, près de Kehl, en Allemagne, dans un foyer spécialisé pour personnes épileptiques. Rudi s’occupe d’un groupe de filles et met en place des ateliers artistiques pour leur donner la possibilité de s’exprimer et « vivre dans l’amour avec les autres », ajoute-t-il. Après deux ans de loyaux services, Rudi obtient un poste d’animateur au Foyer du jeune homme, situé avenue Jean Jaurès. A ce moment-là, Rudi effectue, en parallèle, sa formation d’éducateur spécialisé à l’Ecole Supérieure Européenne de l’Intervention Sociale. Il est également nommé premier délégué du personnel et représentant syndical.

Rudi Wagner (au centre) lors de la marche contre le racisme à Strasbourg Source : Archives privées de Rudi Wagner

1976-2011 : 35 ans de prévention à la Meinau !

     En 1975, dans le cadre de sa formation, Rudi effectue son stage de huit semaines à la Maison des Jeunes et de la Culture (MJC) à la Meinau. En juillet 1976, une collègue qui travaille à la Meinau, lui passe un coup de fil pour lui annoncer qu’un poste d’animateur s’est libéré. Rudi accepte l’offre. Le nouvel animateur est alors inséparable de son chien « Wuschel ». « Il était connu dans tout le quartier où il se promenait librement », m’explique Rudi. Lors de sa première année à la MJC, Rudi effectue sa dernière année d’étude. Le sujet de son mémoire est les contradictions du travail social en prévention. A l’époque, ce qui est le plus préoccupant est le manque de structures d’accueil pour les jeunes du quartier. « En hiver, les jeunes des quartiers Meinau-Neuhof venaient se réchauffer à l’intérieur du bâtiment de la MJC. Ils provoquaient les petits bourgeois qui venaient aux activités. Donc chaque hiver, la direction mettait les jeunes dehors », raconte Rudi.

« Ce n’était pas possible de laisser les jeunes dehors ! »

     Rudi et son équipe deviennent les intercesseurs entre la MJC et les jeunes. En 1979, son collègue Yves Tupin et lui, tous deux délégués du personnel, abordent la question au Conseil d’Administration. « Ce n’était pas possible de laisser les jeunes dehors ! ». Le Conseil rouvre la MJC aux jeunes, leur offrant une pièce au sous-sol. Mais, durant l’été qui suit, la direction de la MJC décide de virer l’équipe de prévention mais ne veut pas non plus leur faire perdre leur emploi d’éducateur.

« Ce conflit nous avait tellement fatigué, qu’on s’est dit qu’il fallait peut-être créer une nouvelle association. Ce jour-là, je fais signe à l’ancien administrateur de la MJC, Georges Hubert, et je lui demande de m’aider. Il m’a dit « Chiche » et a accepté d’être Président de la nouvelle association : Prévention Animation Meinau (PAM) ! »

 Cependant, tout reste à faire. « Nous voilà beaucoup plus autonomes mais il n’existait rien du tout. Donc on met en place du soutien scolaire pour les jeunes, des cours de français pour les femmes immigrées tenues par sœur Leonora, et de l’animation avec la MJC les mercredis et pendant les vacances scolaires ». Un centre de loisir pour les 3-6 ans est créé, le Centre d’animation de loisir de la Meinau (CALM), à la suite de l’interpellation des femmes de l’association des locataires qui s’inquiétaient qu’il n’y ait rien sur le quartier pour les tous petits.

Des jeunes de la PAM en voyage en Tunisie Source : Archives privées de Rudi Wagner

Par la suite, Rudi complète son parcours en faisant une formation en direction pour répondre aux besoins de l’association. C’est alors qu’il prend la tête de la PAM, jusqu’à sa retraite en 2011. Grâce à ses équipes, plusieurs actions sont mises en place sur le quartier de la Meinau. D’abord, l’obtention d’un service de cantine pour les enfants de maternelle, ce qui est alors inédit ! Mais aussi, le cinéma plein-air les étés place Imbs. « On tendait un linge blanc sur la fenêtre de la cuisine du logement d’une habitante, et on passait un film qu’on avait loué. On avait embauché deux jeunes projectionnistes qui bénéficiaient d’une vieille voiture de la ville pour aller de quartier en quartier ». Une anecdote qui fait encore sourire Rudi. Il y a aussi la coopération avec une localité tunisienne, à 80 km au sud de Tataouine, dans le désert à la frontière libyenne. « A plusieurs reprises nous sommes allés là-bas, on faisait des méharées, des balades à dos de dromadaires, et on dormait à la belle étoile. A chaque fois, nous recevons les jeunes tunisiens en échange ici à la Meinau », relate Rudi.

En 2011, au moment du départ à la retraite de Rudi, les équipes de l’Association de prévention spécialisée et d’action sociale de la Meinau (APAM) ont intégré la JEEP Meinau.

« J’ai invité et reçu ici, une ancienne jeune fille, qui avait 15 ans à l’époque quand elle était partie avec moi au premier camp, et aujourd’hui, elle en a 62 ! », confie Rudi, très touché.

Notre très cher Rudi a marqué les mémoires du quartier de la Meinau, et aujourd’hui encore, il se bat pour faire perdurer la mémoire de ce quartier qu’il chérît tant.

H.W

Le prix Françoise Tétard 2021 a été remis officiellement le 29 juin 2022 à Rudi Wagner pour son livre "Vivre à la Meinau : Conflits et construction des solidarités dans un quartier de Strasbourg"

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