Histoire de fresque : un cygne d’amour

Histoire de fresque : un cygne d’amour

     Il y a des œuvres qui s’inscrivent dans un mur et d’autres qui s’inscrivent dans la mémoire d’un quartier. L’été 2023, à la Meinau, la fresque Un cygne d’amour est née d’une journée de fête organisée par lu², d’un mur mis à disposition, et d’un artiste pour qui chaque fresque raconte une histoire.

La rue comme atelier

     Le 16 juillet 2023, lors de l’événement L’Art est de l’autre côté de la rue ; organisé par l’association lu², un mur nu, situé au 48 rue de la Canardière, attend son histoire. Habitant.e.s, voisin.e.s et passant.e.s s’arrêtent, observent, s’attardent. Sous les pinceaux du graffeur strasbourgeois QMRK, une image naît progressivement, au rythme des regards et des conversations.

Portée par lu², avec l’accord du bailleur In’li Grand-Est, la performance artistique fait basculer le décor. Le pignon devient toile. La rue, atelier. Et l’art, un moment partagé,un geste collectif qui s’inscrit à présent dans les veines du quartier de la Meinau.

Le graffeur Qmrk pose devant sa fresque. © Adrien Larbit

Question Mark, alias QMRK, artisan du mur

     Derrière le blaze QMRK — pour Question Mark — se trouve Simon, un artiste qui revendique autant l’héritage de la peinture antique que les codes modernes du graffiti. Passionné par les techniques traditionnelles, notamment la fresque à la chaux, il développe un travail singulier, à la frontière entre artisanat mural et art urbain. Entre lenteur et rapidité, geste précis et techniques maîtrisées.
Habituellement, ses fresques exigent des semaines de préparation et de séchage. Mais pour cet événement, il adapte sa méthode : peinture acrylique au pinceau, rapidité d’exécution, et un unique geste au spray pour tracer la ligne orange qui structure la composition. Une contrainte devenue choix esthétique. « La fresque est ma spécialité, mais ici il fallait aller vite, s’adapter au rythme de la rue », précise QMRK.

Composer avec les images du quartier

     Chez QMRK, chaque œuvre commence par une collecte d’images. Il parle de “patchwork”, d’un assemblage visuel destiné à provoquer un choc poétique qui fait sens. Pour réaliser cette fresque, lu² a mis à disposition des photographies issues du Streetalbum de la Meinau. Deux retiennent l’attention du gaffeur :
– un cygne sur le lac du parc Schulmeister
– une scène d’accolade captée à la sortie du premier confinement, lors de la fête de l’Aïd organisée par l’Eveil Meinau et photographiée par Paola Guigou.

Deux personnes lors de la fête de l'Aid organisé par l'Eveil Meinau © Paola Guigou
Qmrk en train de réaliser la fresque © Hayva Wernert

L’animal et l’humain se répondent. Le blanc du plumage fait écho à celui de la djellaba. La tendresse devient symbole. Le titre s’impose : Un cygne d’amour.

« C’est important de placer une fresque dans un environnement pour qu’il y ait un lien. Le but est d’accoler des images qui, a priori, n’ont aucun rapport et de les faire dialoguer », explique l’artiste.

Un message d’amour et de lien social

     Si l’image touche, c’est aussi par ce qu’elle dit du quartier. Pour QMRK, la fresque devait porter un message clair : amour, cohésion, paix. En écho au travail de lu², qui à travers la rencontre entre les habitant.e.s, leurs cultures et leur environnement, fait de l’art un vecteur d’intégration, de partage et de lien social. L’art rassemble les âmes sous un même étendard.  


« La Canardière, avec son petit bistrot, est un vrai lieu de sociabilité. Les gens se connaissent, se parlent. La rue appartient à ceux qui y vivent. C’est important de reprendre la main sur son espace », précise QRMK.

Une fresque comme point de repère

     Trois ans plus tard, Un cygne d’amour est toujours là. Fresque figée qui reflète la trace d’un moment. Fenêtre sur un passé. Elle regarde passer les passant.e.s, marque un angle de rue, rappelle une journée d’été où l’art s’est fait à hauteur humaine.
C’est précisément ce que raconte cette œuvre : un souvenir, une histoire, un moment, un artiste, et finalement un morceau de vie collective. Une étreinte d’amour sur les teintes d’un mur.

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