Marianne Vollet-Gless : une vie d’engagements, de la Meinau à la plume

Marianne Vollet-Gless : une vie d’engagements, de la Meinau à la plume

     Figure incontournable de la Meinau où elle a vécu 25 ans, Marianne Vollet-Gless a posé ses valises à Koenigshoffen sans jamais couper le cordon avec son quartier de coeur. Aujourd’hui bénévole pour le média de quartier MNO, cette militante de la première heure met son énergie au service de la mémoire locale et de l’écriture. En novembre dernier, elle publiait son premier livre. Portrait d’une femme de terrain devenue autrice, pour qui transmettre est une seconde nature.

Portrait photo de Marianne Vollet-Gless sur la place de l'Ile de France, juin 2026
Rhapsodies rhénanes , écrit par Marianne Vollet-Gless est édité par Le Lys bleu. © Photo Hayva Wernert

Le fil de Marianne : mère engagée

     Strasbourgeoise de longue date, Marianne a toujours concilié sa vie professionnelle, l’éducation de ses enfants et un engagement associatif débordant. Conseillère d’orientation-psychologue pour l’Éducation nationale — notamment au CIO de Strasbourg Sud et au collège Solignac —, elle arpente très tôt la Meinau et ses quartiers voisins.

Dès son arrivée à la Meinau en 1988, Marianne reprend le flambeau du conseil local de la fédération de parents d’élèves (FCPE), une structure historique du quartier. L’éducation et la défense des familles deviennent rapidement le fil conducteur de son parcours.

« Je n’ai jamais cessé d’avoir des activités citoyennes et associatives tout en travaillant et en élevant mes enfants », confie-t-elle.

« Ici, ça manque de laïcité »

     C’est en 1998, alors que ses enfants entrent à l’université, qu’un nouveau tournant s’opère. C’est un ancien directeur de l’école de la Canardière qui l’interpelle directement : « Ici Marianne, ça manque de laïcité, faut faire quelque chose ». Face aux tensions sociétales naissantes et poussée par le tissu associatif local, Marianne décide de bousculer les réalités pour porter un projet de citoyenneté laïque. 

En 2000, elle franchit un cap en cofondant l’Association Familiale Laïque (AFL) de la Meinau, un collectif qui fédère les forces vives du quartier comme le CSC, l’Atelier et la REM. Sous sa présidence, la structure multiplie les initiatives novatrices, souvent en avance sur leur temps. Face à l’arrivée des ordinateurs et à l’explosion des factures de téléphone, Marianne perçoit tout de suite le besoin de créer un espace d’écoute pour les parents dépassés. Elle innove et met en place ce qui s’apparente aujourd’hui à de l’accompagnement vers le numérique. Dans ce lieu de répit, on parle informatique, mais on s’attaque aussi au patriarcat ambiant, à la recherche de logement ou encore au RSA.

Secouer le cocotier de la prévention spécialisée

     Sur le terrain, Marianne ne lâche rien, quitte à ébranler les institutions. Elle lutte pour l’amélioration du cadre de vie, notamment pour l’éclairage public qui fait cruellement défaut dans le parc Schulmeister et au pied des anciens HLM dès que l’hiver tombe. Un enjeu de sécurité crucial pour les jeunes filles du quartier, qui sont les premières victimes de l’obscurité… 

« Au niveau de l’AFL, on a porté un projet jusqu’auprès de la CAF, se souvient-elle. À l’époque, on était dans une période de déni, on disait : elles l’avaient bien cherché ».

Loin de se décourager, elle s’efforce également de secouer le cocotier du côté de la prévention spécialisée : « On se demandait si c’était bien le bon bout de donner encore plus de moyens aux garçons qui faisaient beaucoup de bruit, plutôt que de les repousser dans leurs contradictions », relate Marianne.

Militante de l’ombre, elle se bat aussi au niveau institutionnel pour décloisonner les actions et pousser les associations à travailler ensemble plutôt qu’en concurrence. Ce fut l’engagement en filigrane d’une bonne partie du reste de sa vie. 

Portrait de Marianne Vollet-Gless sur le parvis du CSC Meinau , juin 2026
Figure incontournable du quartier, et bénévole contributrice au sein du média de quartier MNO, Marianne est une retraitée occupée et toujours engagée. © Photo Hayva Wernert

MNO : garder le lien avec la Meinau

     En 2012, Marianne quitte physiquement la Meinau, mais le quartier ne la quitte jamais tout à fait. C’est en 2018, par l’intermédiaire de son fils — lui-même très investi dans l’action citoyenne locale —, qu’elle rejoint l’aventure MNO. Intégrée à la commission « Histoire et mémoire » aux côtés de figures locales comme Rudi Wagner, elle apporte son expertise socio-historique et sa connaissance intime des mutations de la Meinau. Aujourd’hui, elle porte un projet d’émission de podcasts, une fiction historique sur le baron Schulmeister qui sera bientôt diffusée comme une série, en plusieurs épisodes ! 

Pour Marianne, s’investir au sein du média MNO est une manière naturelle de faire vivre la mémoire collective d’un quartier qui a vu grandir ses enfants et qui a forgé ses plus grandes luttes féminines et citoyennes.

Une jeune autrice débutante

     La retraite aurait pu être synonyme de repos, elle fut le déclencheur d’une nouvelle vocation : l’écriture. Habituée pendant des années à rédiger des rapports, des thèses et de la « littérature grise pour l’Éducation nationale » – pour reprendre ses propres mots, Marianne décide de troquer la plume académique pour le récit romancé.

En novembre 2025, après quatre années d’un travail de longue haleine, elle publie son premier grand format. Une œuvre construite sur des récits fictionnels mais rigoureusement documentés. « J’avais envie de donner envie de lire. J’avais envie de mettre en avant des personnages notamment féminins dont on ne parle pas trop, parce qu’elles sont jugées banales ou peu existantes », précise-t-elle.

Portrait photo de Marianne Vollet-Gless sur la place de l'Ile de France, juin 2026
C'est avec toujours autant de ferveur que Marianne partage ses souvenirs de la Meinau. © Photo Hayva Wernert

Elle se définit aujourd’hui avec beaucoup de modestie comme « une simple jeune autrice débutante », ce qui fait doucement sourire ses proches. « Tu dis que t’es comme ça mais tu n’es pas comme ça », s’amusent d’ailleurs à lui répéter ses fils, témoins de son énergie infatigable.

Peut-être parce qu’on ne résume pas une vie d’engagements en quelques lignes. En transformant ses riches archives professionnelles et militantes en fictions accessibles et ludiques, Marianne Vollet-Gless continue, livre après livre et article après article, de transmettre ses valeurs d’égalité et de justice sociale si chères à son cœur. Pour notre autrice bien aimée, c’est bien plus que raconter des histoires, c’est s’assurer que personne ne marche dans le noir. Une lanterne citoyenne qui continue, envers et contre tout, de briller.

     Par ses engagements, Marianne nous rappelle que la lutte ne s’arrête jamais vraiment : elle change simplement d’arme, troquant le mégaphone des manifs contre la douceur obstinée de l’encre ! Et on peut être sûr que pour elle, ca va couler !

Hayva Wernert

Laisser un commentaire