Ce mercredi 27 mai, l’Espace Django s’est transformé en un refuge chaleureux et
intimiste. Tasses en céramique, lampes en papier, bougies parfumées et chants en sororité… Durant tout un après-midi, les résidentes de la Maison relais Thérèse Clerc ont dévoilé le fruit de plusieurs mois de création collective. Un projet artistique suspendu dans le temps, brut, sincère et résolument empouvoirant, né d’une rencontre unique entre art et action sociale.
Un cocon à soi pour s’ouvrir aux autres
Pour une journée, l’Espace Django s’est transformé en salon ! Rideaux fermés, ambiance tamisée, café et thé servis dans des tasses en céramique, petits objets ici et là, quelques madeleines et des gâteaux aux fruits. Les résidentes de la Maison Thérèse Clerc étaient fières d’accueillir les visiteur.euse.s dans cet écrin qu’elles avaient aménagé spécialement pour l’occasion ! A l’origine, il y a plus d’un an, l’Espace Django avait décroché un appel à projets lancé par la Fondation du logement et la Sacem dont l’objectif était d’élaborer un projet artistique avec les résidentes de la structure gérée par l’association Solidarité Femmes 67.
Depuis le mois d’octobre, ces femmes, accompagnées par deux éducatrices et trois artistes engagées, se retrouvaient dans le cadre d’ateliers divers de cocréation. Le duo d’artistes plasticiennes Lisa Pélisson et Camille Renault, Les Femelles du Faisant, avait proposé plusieurs thématiques aux résidentes. Pour ces femmes au parcours de vie parfois sinueux, le choix du thème s’est imposé comme une évidence : le salon. « Il représente le confort, le repos, la tranquillité », explique Nini, 66 ans, « et aussi la sécurité, quand on est chez soi, en chaussons », ajoute Marjorie, 35 ans.
Pour donner corps à ce besoin de douceur, Lisa et Camille ont transmis leurs techniques de céramique ou encore de feutrage de laine.
« La matière n’est qu’un prétexte. (…) C’est gagné quand elles se sont appropriées la technique du feutre et quand on s’est mis à discuter plutôt que réfléchir à ce qu’on était en train de fabriquer, nous c’est ça qu’on recherche » détaille Lisa. « Ces femmes dégagent une force de vie assez impressionnantes, et finalement on sait peu de choses d’elles mais elles sont très motrices dans ce qu’on propose, c’est très riche. On a tissé un lien de confiance et moi j’étais très émue du résultat aujourd’hui et je ne m’attendais pas à ce que ça soit aussi fédérateur », poursuit Camille.
« Dans mon engagement féministe, c’est incroyable de vivre ça »
Ce salon éphémère ne se contente pas d’exister de manière esthétique ; il résonne également d’une puissance sonore insoupçonnée. En parallèle des arts plastiques, la chanteuse et musicienne Ingrid Laventure accompagne le groupe depuis le mois de mars dernier dans un voyage thérapeutique et musical, mêlant reprises d’hymnes féministes — comme La Grenade de Clara Luciani ou Résiste de France Gall — et des temps dédiés à l’écriture de chansons.
« Je voulais que ce soit empouvoirant », explique Ingrid Laventure. « On a d’abord exploré le thème de la sérénité, et dernièrement c’était la colère ». Ensemble, elles ont créé un morceau original et percutant baptisé « J’aime pas ça », une déclinaison française d’un titre original de l’artiste où les résidentes listent les dérives de la société patriarcale.
« Cela fait un bien fou. J’ai l’impression de me retrouver entre copines dans des amitiés intergénérationnelles. C’est hyper touchant, l’ambiance est décontractée et paisible. Tout le monde a sa part de musicalité et dans mon engagement féministe, c’est incroyable de vivre ça », ajoute la musicienne.
La performance brute a profondément ému l’assistance, à commencer par le duo des Femelles du Faisant qui découvrait la partie chant pour la première fois : « Leur dernière chanson m’a scotchée », lâche Camille Renault, des étoiles encore plein les yeux.
Une démarche de co-création
Dans le public, l’émotion est palpable. Valentine et Emilie, les deux travailleuses sociales de la Maison relais Thérèse Clerc qui ont partagé chaque minute des ateliers, soulignent avec alacrité la métamorphose des participantes.
« Ça fait parfois plus de 13 ans que je côtoie ces dames, et de les voir s’ouvrir de cette manière, c’est quelque chose d’inconnu », glisse Valentine avec émotion. « Elles sont tellement contentes d’avoir aménagé l’espace à leur image. Les artistes ont sublimé le travail brut des résidentes », poursuit-elle.
Emilie, monitrice-éducatrice, tient à rappeler la préciosité de cette démarche horizontale, où travailleuses sociales et résidentes se sont retrouvées sur un pied d’égalité face à la création :
« Avoir notre place dans la création, donc cocréer avec les résidentes et les artistes, en ayant les mains dans le feutre, la laine mouillée… C’étaient de très beaux moments. Sur le chemin du retour, on débriefait dans le tram et on s’accordait sur la magie de ces instants », se souvient Emilie.
Alors que l’après-midi s’achève, l’aventure, elle, s’apprête à vivre un nouveau chapitre. En juillet prochain, toute l’équipe passera une journée au studio d’enregistrement de La Turbine, dans un ancien moulin à la campagne, afin de graver ces voix qui formeront les échos de ces moments vécus. Une suite logique pour ces femmes qui ont noué leurs destins à travers l’art. « Une envie de continuer à faire des choses ensemble anime tout le monde, car un lien fort s’est tissé », sourit Camille Renault. Une connexion qui s’annonce désormais particulièrement bien… feutrée.
















